Note aux abonnés : avant de reprendre l’étude des présidentielles, petit focus en quelques articles sur les sénatoriales…
Pour voir clair dans les sénatoriales, un article du géographe A. Brennetot a détaillé les modes de scrutin tout en s’interrogeant dans deux directions : d’une part la surreprésentation de la droite dans l’histoire de l’institution, d’autre part sa vocation à représenter les territoires plutôt que les électorats. S’agissant de cette dernière, il montre que diverses variables affectent le poids électoral des communes les moins peuplées, telles que leur superficie moyenne par département. Autant le principe de donner de la visibilité aux régions peut faire sens pour contrebalancer les déséquilibres démographiques du pays, autant le sujet de la qualité de leur représentation reste un vaste sujet ouvert à la réflexion et à de possibles réformes.
Avec les sénatoriales, le vote des élus et de leurs adjoints fait figure de suffrage des notables. A la suite de la publication officielle des résultats dès le lundi 28 octobre, il m’a semblé opportun d’interroger le vote des maires sans étiquette. En effet, ces derniers le restent-ils une fois en situation d’élire un sénateur à bulletin secret ? A l’évidence, et très massivement, non. Certes, selon A. Brennetot, l’abstention est « sanctionnée d’une amende de 100 Euros ». Cependant, quelle que soit l’obligation de vote pour les maires en général, sans étiquette en particulier, rien ne leur interdit d’accorder leur voix en transparence, au terme d’une consultation plus ou moins poussée de ceux qui les ont élus indépendamment de tout parti. Or l’opacité est la règle.
Traiter les données électorales :
Quelques précisions méthodologiques s’imposent.
D’abord, les sénatoriales impliquent des candidatures individuelles ou par listes, avec des intitulés proches. Une fois harmonisés par partis, on aboutit à près d’une trentaine ayant reçu des suffrages ( ou non dans le cas de l’EXG, mais cette colonne est utile à réserver dans mon tableur pour des sénatoriales ultérieures ), pour 178 sièges à pourvoir. Avec une moyenne d’environ 6 élus par étiquette, cela après simplification, autant dire que la dispersion des votes est considérable. Loin d’être toujours marginalisés, certains partis obtiennent des sièges bien que méconnus ou écartés au fil du temps du devant de la scène. La Chambre haute assure ainsi la survivance d’acteurs politiques fort éloignés de toute représentation populaire.
Certaines affectations sont sur le principe clairement discutables ; ainsi l’ancienne gauche plurielle est-elle classée à gauche, malgré la satellisation de certains partis par LFI. A droite moins encore qu’à gauche, peu de partis se positionnent d’eux-mêmes dans les extrêmes, mais la question européenne est une ligne de fracture envisageable… Même si cela peut affecter des rapports de force locaux, cette classification est globalement opératoire compte tenu des électorats en présence. Elle doit mettre en évidence le devenir de chacun des trois pôles dominant la vie politique à l’image de l’Assemblée nationale, tout en révélant ce qu’il advient de leurs intermédiaires.
Ensuite, une fois les votes, élus et sièges regroupés par étiquettes, il faut redresser les données selon le nombre de voix allouées à chaque inscrit. Dans la majorité des cas, une seule. Dans 25 départements de scrutin majoritaire à deux sièges, ils disposent de deux voix ; cela avec possibilité d’en utiliser une seule, et de voter blanc, voire nul, pour l’autre. Par souci de cohérence entre données, les inscrits et valeurs liées sont doublées, de même que sont recensées les abstentions, blancs et nuls complets ( pour les deux voix ) ou partiels ( un exprimé et un non exprimé pour le même grand électeur.
Sans trop m’étendre sur les problèmes de redressement, les données enregistrées et diffusées pour l’Aube sont totalement incohérentes. Je présente ci-après le redressement que j’en ai effectué et qui se répercute modestement sur mes synthèses relatives aux 64 circonscriptions concernées par ce vote : départements, collectivités ultramarines, Français de l’étranger.
Enfin, les enjeux locaux impliquent mécaniquement des divergences avec le vote national des présidentielles. La présence de régionalistes, plébiscités en Haute-Corse, en est l’exemple le plus frappant. Sans multiplier les cas, il faut aussi relever la réélection de C. Malhuret dans l’Allier. La renommée internationale que lui ont valu ses discours ont pu lui attirer les soutiens d’opposants politiques, sensibles à la visibilité qu’il donne à leur département rural.
Une fois ces précautions conceptuelles et méthodologiques établies, l’enquête peut commencer…
Du vote populaire au vote des notables : quelles lignes de fracture ?
Avant tout, la participation est sans commune mesure d’une élection à l’autre. Pourtant, les présidentielles restent l’élection au suffrage universel direct la plus mobilisatrice, et à ce titre la plus propice à la connaissance de l’opinion publique.
Même si quelques grands électeurs ont souhaité faire écho au boycott du vote par leur concitoyens ou refuser totalement, ou partiellement, de s’aligner sur les partis en lice ; ces graphiques liminaires suffisent à montrer qu’une telle continuité entre le corps et le collège électoraux est rarissime. Mais bien entendu, c’est la distribution des exprimés qui traduit le mieux le changement de sensibilités politiques de la base civique à son encadrement.
Certes, la surreprésentation de droite apparaît considérable lors des sénatoriales, surtout compte tenu du faible nombre d’étiquettes retenu pour cette mouvance. S’agissant de la gauche, elle n’est pas tant sous représentée que rééquilibrée en faveur des partis autrefois de « gouvernement ». Sans doute est-ce d’ailleurs l’enseignement principal de cette comparaison : le Sénat se renouvelle lentement à tous égards. Le vote partiel en est un facteur, mais surtout l’ancrage politique, les réseaux, la réputation locale accordent une puissante prime à l’expérience. Ils comptent parmi les principaux déterminants de cette stabilité, fidèle à l’esprit de la constitution mais peut-être exacerbée par les circonstances. A cet égard, le parti présidentiel peine à prendre pied au Sénat malgré un positionnement centriste qui pourrait jouer en sa faveur, tandis que les extrêmes gauches et droites sont nettement sous-représentées auprès des notables. La percée de cette dernière reste modeste eu égard à l’ancienneté de ses premiers succès électoraux durant les années 1980.
Bien entendu, il reste à entrer dans le détail des municipales, à mesurer les proportions de maires avec et sans étiquettes pour faire le lien entre ces deux configurations électorales. C’est prévu, mais il faut encore le temps de traiter les données municipales massives, après les complications imprévues rencontrées avec celles des sénatoriales, dont l’envergure est pourtant dérisoire.
La question du vote des maires sans étiquette, quelle que soit leur orientation finale, soulève plusieurs problèmes dans leur rapport à leurs électeurs. Avant tout, il faut distinguer ceux issus de listes uniques de ceux qui se déclaraient sans étiquette face à des rivaux qui en affichaient une. Ensuite, le mieux serait de les associer au profil de leur commune lors des présidentielles ; intitulé simple, mise en page de tableau infernale… Dans quel but ? Si un maire sans rival local ni étiquette représente un électorat qui plébiscite une mouvance et vote pour elle, soit. Dans les autres cas, c'est problématique.
Quand on raisonne sur les règles démocratiques, avant de considérer à qui cela profite dans telle ou telle circonstance, je crois bon de se demander quels en sont les principes. Pour ma part, j'ai déjà soutenu qu'une assemblée destinée à représenter les territoires n'est pas dans sa conception une aberration. Reste à ce que cette représentation soit de qualité. L’article d’A. Brennetot en soulève quelques limites structurelles ; en voici poindre d’autres qui engagent moins les orientations des votes que les mystifications entourant les élus labellisés « sans étiquette ».
Un premier ciblage des départements où citoyens et grands électeurs sont peu ou prou dépareillés, mais jamais bien assortis.
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