Kessel

Archive, 13 novembre 2025 - Discours présidentiel sur 10 ans de "guerre" ; quel bilan ?

Soirée commémoration, parole présidentielle. D'emblée, un ton qui sonne faux, et une voix qui écorche désormais les oreilles. Au-delà, dans le creux satisfecit de rigueur, quelques éléments de bilan. Cette "guerre" est-elle bien conduite ? S'oriente-t-elle vers la victoire ou la défaite ? Réflexions.

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5 min ⋅ 05/05/2026

Durant les onze premières minutes, le pathos. Non sans mécaniquement passer en revue qui de droit, tous les acteurs de l’événement qui offrent aux Français des exemples édifiants. 11’40’’, la dénomination de l’ennemi dans l’optique de montrer la prise en main du phénomène : « […] idéologie islamiste identifiée, active, structurée en réseaux, en zones d’influence, avec ses codes et ses modalités d’action, désireuse d’annihiler la vision de l’humanité que porte notre pays par son histoire, son action présente et sa vision de l’avenir. » ( 12’00’’ ) Autrement dit, le président de la République adresse un message subliminal à la nation et à ses ennemis, pour signifier à tous que nous savons qui ils sont, où ils se replient, comment ils communiquent entre eux et planifient leurs actions… Autrement dit, à en croire le président Macron, nous aurions les moyens de les neutraliser.

Une fois cela entendu, on doit se sentir rassuré, puisque la terreur serait la stratégie de ces ennemis. L’abjection peut-être aussi, car leur culture politique suscite plus l’envie de vomir que de frémir ; mais il n’y a pas là matière à créer un néologisme digne de la langue française qu’ils saccagent par leurs vociférations prétendument pieuses.

Si l’on reste inquiet, l’orateur de pousser son avantage après une respiration de rigueur : « Ce djihadisme projeté [d’où ? Je le croyais endogène…], nous avons tout fait pour l’endiguer, le juguler, mais il renaît sous une autre forme : intérieure, insidieuse, moins détectable, moins prévisible. [ Suit un bref inventaire d’islamismes extérieurs ( Moyen Orient… ) et l’esquisse de menaces nouvelles. Puis, 12’33’’, le président d’en venir à la gestion du conflit :] Face à cela, notre Nation est garante du combat perpétuel, mené sans jamais renier nos valeurs de Justice et de libr… de liberté. Elle se porte garante que tout sera fait pour empêcher toute nouvelle attaque et pour punir de manière implacable ceux qui s’y risqueraient. Et dans cette décennie écoulée, la Nation s’est fortifiée. Des mesures sans précédent ont été prises, immédiatement : déclaration de l’état d’urgence, protection à nos frontières, puis l’écriture de lois qui sont venues adapter le droit à l’état de la menace, et nous ont permis de lutter dans la durée contre le terrorisme, en protégeant nos libertés publiques. [Accélération dramatisante :] Visites domiciliaires, dispositions de fermeture de lieux de culte, périmètres de protection, mesures individuelles de contrôle et de surveillance… Autant de barrières mises sur le chemin des assassins. […] Programme de déconstruction des discours radicaux pour étouffer dans l’œuf le passage à l’acte, pour éviter sa récidive en prison. »

Puis, de nouveau, remise de médailles, verbales, à toutes sortes d’acteurs de terrain, précision de réformes structurelles des administrations, aux échelles nationale et européenne, promotion des attentats déjoués, de l’Education nationale ( oui, il a osé ! ), de nouveau des exemples édifiants agrémentés d’images botaniques et d’emphase. Le tout se conclue sur les vivats convenus de la République et de la France, avant, enfin, les remises de légions d’honneur officielles.

Première réaction : je me suis souvenu de l’année 2015, quand j’expliquais que le terrorisme islamiste ne se combattait pas avec des chars d’assaut, que les mesures spectaculaires n’étaient pas nécessairement les plus efficaces. Le travail souterrain pouvait apparaître porteur, à un moment où il fallait trouver l’équilibre entre traque des ennemis et garantie de la cohésion nationale, afin de prévenir une implosion plus mortifère encore.

...

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Par Jérémy Morel

Initié à la recherche en histoire, les candidatures "atypiques" aux présidentielles m'ont révélé une société civile foisonnante, diversement couverte par la presse. Dès lors, ces élections me sont apparues comme une entrée privilégiée dans l'histoire récente de la France. Analyser les représentations sans les confronter aux réalités avérées dans les urnes devenant stérile, j'en suis venu à développer des formules et méthodes d'analyse exclusives sur les données électorales.  Ces recherches engagées au milieu des années 2 000 ont attendu juillet 2024 pour franchir une première étape éditoriale. Mon travail éclaire la société française à l'aide de sources quantitatives d’une exhaustivité exceptionnelle : près de 70 000 bureaux de vote traités, cartes et graphiques variés… D'autres travaux sur la dernière présidentielle et sur toutes celles de la Ve République sont en cours de finalisation.

Cette première expérience éditoriale m'a révélé la nécessité de m'appuyer sur un minimum de communication, indépendante de ce que pourrait fournir un éditeur. Au même moment, la dissolution a bouleversé l'agenda électoral et mon quotidien : environ 10 mois de travail dédiés au cycle électoral 2024. Mes publications vidéos et articles équivalent largement à l'écriture d'un autre ouvrage...

J'ai dégoté un enregistreur vocal et produit mes premières vidéos en juin 2024 tant j'étais outré par la stupidité de la couverture médiatique de cette "séquence" électorale. Bouteilles à la mer... Depuis, je diversifie lentement mes supports et j'apprends à maîtriser des techniques de communication fortement éloignées de ma spécialisation, pour laquelle j'ai des compétences actuellement exclusives. Sans doute les chercheurs de sciences po sauraient-ils traiter les données comme je le fais, mais ils préfèrent la solution de facilité qui consiste à passer commande de sondages ; et la politologie de devenir sondageologie...

Plusieurs polémiques culturelles m'ont également happé : revendications mémorielles au nom de lectures très personnelles et biaisées de l'histoire, volonté de débaptiser la langue française ( je ne m'en suis pas encore remis )... Il m'est apparu nécessaire d'élargir le champ de mes publications à des sujets métapolitiques.

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