Kessel

Archive 11 déc. 2024 - Législatives 2024, front républicain - Impacts en sièges selon comportements avérés.

Le Boulevard Voltaire publie une carte et un graphique mesurant l'impact du front républicain 2024. L'entreprise Data Realis a traité cette commande en s'appuyant à la fois sur des sondages et sur les données disponibles, selon une méthode explicitée. Mes analyses exhaustives des résultats convergent-elles avec leurs conclusions ? Clarification.

JMORELmédia2027
9 min ⋅ 26/04/2026

Il va ici être question d’infographies et d’un article explicatif disponibles sur le site de Boulevard Voltaire : https://www.bvoltaire.fr/decouvrez-lassemblee-de-lunion-des-droites-et-des-patriotes/.

  • Critique des sources :

L’entreprise Data Realis se serait notamment appuyée sur une enquête Ipsos Talan du 7 juillet 2024. S’il s’agit de celle que j’ai trouvée ( https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2024/retour-sur-le-second-tour ), elle ne sert strictement à rien. Cette simulation au soir du second tour est depuis occultée par les données avérées. Peut-être d’autres éléments qualitatifs ont-ils été publiés que je n’aurais pas déniché à partir des indications données, mais sans doute présentent-ils les mêmes problèmes que l’enquête Harris Interactive du 19 juin 2022 ( https://harris-interactive.fr/opinion_polls/legislatives-2022-2nd-tour-sondage-jour-du-vote/ ). Cette dernière est par ailleurs très ancienne et ancrée dans une législative peu mobilisatrice, juste après les présidentielles. Cet outil d’observation apparaît a priori superflu, et une observation plus attentive dissuade de l’employer.

Cela fait plusieurs années que je me penche sur les moyens d’optimiser les synergies entre enquêtes d’opinion et traitement des données de masse. A mon sens, dès lors qu’il existe des données exhaustives et relativement fiables, c’est de là qu’il faut tirer les dynamiques et réalités de base. Ensuite, ce qui est inobservable en l’état peut être considéré via des sondages : motivations exprimées par les électeurs…

Cette étude fait l’inverse. Data Realis s’appuie sur un sondage Harris Interactive des reports lors des législatives 2022, ce que l’entreprise pourraient faire à partir des données exhaustives, et en dégage des comportements de vote qu’elle projette sur les données avérées. Concernant les mécaniques de reports, Harris Interactive s’appuie sur un échantillon de moins de 10 000 personnes, avec redressements selon méthode des quotas par sexe, âges et autres banalités réglementaires.

Pour ma part, lorsque je donne des tendances de reports par mouvances politiques, je travaille avec les données 2024 sur 61 615 bureaux de vote et 43 322 283 inscrits dans toutes les circonscriptions en ballotage dans la nation ( y compris les Français de l’étranger ). Pour information, par habitude lorsque je mesure des reports,  je retiens le chiffre des inscrits de premier tour dans le territoire considéré, ce qui me permet d’inclure les variations d’inscrits vers le deuxième tour. Ca ne change guère les conclusions rapportées à l’ensemble du corps électoral.

Les données que j’exploite sont disponibles en ligne, et j’ai exposé leurs propriétés dans un précédent article ( Lien vers “Sources et méthodes…” ), mais aussi en vidéo ( https://www.youtube.com/watch?v=p52y0WMxZ6Y ).

L’observation des comportements avérés dans l’ensemble des bureaux de vote me fait aboutir à des modélisations sensiblement différentes de ce qui se dégage de quelques milliers de témoignages plus ou moins bien sélectionnés puis extrapolés au reste de la nation. Mais c’est un problème de méthode ( et de rigueur scientifique, laquelle exclut de travailler sur un échantillon lorsque l’exhaustif est disponible ).

  • Questions de méthode :

L'exposé de ma méthode de traitement des reports est plus clair avec un cas concret : le premier bureau de vote qui se présente dans la liste ; une petite commune de l'Ain. Voici les scores, simplifiés par mouvances ( simplification en elle-même critiquable ; par exemple, les souverainistes rejettent souvent leur affiliation à l'extrême droite, mais c'est là que je les ai classés ) :

Voix au T1 :

Gauches :                        85

Centres et droites :        133

Ext. droites :                  258

Div et régionalistes :         0

Non exprimés :             186

Voix au T2 :

Gauches :                        0

Centres et droites :      203

Ext. droites :                273

Div et régionalistes :       0

Non exprimés :           186

C'est une surprise qui facilite l'observation : les non exprimés sont restés stables, en apparence ; dans le détail, abstentions, blancs et nuls ont varié, ce que je n'ai pas pris en compte dans mes calculs à l'échelle des 61 615 bureaux de vote.

De manière immédiate, si l'on admet que les électeurs aient voté de manière cohérente à une semaine d'intervalle, il en ressort que ces 85 électeurs se sont partagés pour 70 d'entre eux en faveur du candidat de centre ou droite, pour 15 autres en faveur de celui d'extrême droite.

Des études sondagières et statistiques de l'INSEE ( de meilleure facture que les sondages, mais sur des échantillons de 1 "sondé" pour plus de 1300 électeurs ) estiment le comportement des abstentionnistes. Je consacre plus de 20 pages de mon ouvrage à les démanteler. Les valeurs proposées sont ahurissantes, et pourtant, normalement, incontournables.

En effet, imaginons avec l'INSEE ( du moins, avec les estimations produites par l'INSEE pour les présidentielles 2022 ) que ce bureau de vote de l'Ain ait compté environ 40 abstentionnistes de premier tour qui soient revenus aux urnes au profit ( inéquitable ) des deux finalistes. Dès lors, nous avons des mouvements beaucoup plus massifs et complexes que ceux qui apparaissent.

Les sorties d'abstention ne sont pas une absurdité en elles-mêmes, mais elles transparaissent peu dans les sources exhaustives, surtout quand la dynamique générale est à la baisse de participation. En tout et pour tout, les sorties d’abstention entre deux tours des législatives 2024 se chiffrent à 81 836, dûment constatées par bureaux de vote et cumulées pour l’ensemble du corps électoral, soit 0,19 % du corps électoral du second tour.

Ni moi, ni personne en France ne sait véritablement combien d'abstentionnistes reviennent aux urnes d'un tour à l'autre, et c'est la clef des estimations de reports. Pour cela, il faudrait conduire une étude de toutes listes d'émargement de chaque tour. Long, coûteux, fastidieux, et vite périmé au vu du rythme de notre vie politique. Pour ma part, j'observe globalement une grande cohérence des électorats d'un tour à l'autre, sauf situations particulières et bien circonscrites qu'on ne saurait généraliser à la nation entière.

Pour en revenir au sondage Harris Interactive de 2022 qui est utilisé par Data Realis pour les élections de 2024, il ne dit rien des mouvements d'abstentionnistes. Peut-être ses modèles sont-ils fondés sur de faibles retours aux urnes, peut-être sur des retours massifs. Dans le second cas, cela amplifie des comportements contre-intuitifs. Là encore, ce n'est pas parce qu'un comportement est contre-intuitif qu'il est inexistant. Le problème est d'en déterminer la masse. C'est ainsi que les instituts de sondage ont souvent considéré que les lepénistes se désavouant d'un tour à l'autre se montait facilement à 10 % de l'électorat lepéniste de 1er tour. Là encore, cela ne laisse presque aucune trace dans les sources, à l'échelle des bureaux de vote.

Si l’on considère avec attention les diapositives 11, 12, 14, 15 du sondage Harris Interactive du 19 juin 2022, il est écrit en pourcentages d'électorats. Problème : quand je vérifie ce genre de tableaux avec les pourcentages d'inscrits façon sudoku électoral, j'arrive parfois à des valeurs incohérentes avec les totaux avérés. Peut-être celui-ci est-il meilleur que les autres, mais il risque d’être grevé par le même vice méthodologique fondamental : les sondeurs utilisent systématiquement les pourcentages d’exprimés, ce qui crée toutes sortes de distorsions que j’ai mesurées ailleurs ( version grand public : https://www.youtube.com/watch?v=E9crJJLcg3M ; https://www.youtube.com/watch?v=noTo8XgAM4A&t=8s ).

En résumé, mes calculs sur la base des bureaux de vote ne sont pas parfaits, mais ils transcrivent ce qui est indéniablement observable. A une échelle aussi fine, les mouvements des masses humaines apparaissent nécessairement, non pas de manière pure, mais de manière fiable.

A quelques réserves exposées ci-après, j’aboutis ainsi à ces reports non pas fantasmés, mais attestés ( pour en consulter les représentations graphiques, voir https://blogs.mediapart.fr/edition/chroniques-electorales-france/article/301124/legislatives-2024-documents-principaux-video-5-front-republicain-1-2 )

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JMORELmédia2027

Par Jérémy Morel

Initié à la recherche en histoire, les candidatures "atypiques" aux présidentielles m'ont révélé une société civile foisonnante, diversement couverte par la presse. Dès lors, ces élections me sont apparues comme une entrée privilégiée dans l'histoire récente de la France. Analyser les représentations sans les confronter aux réalités avérées dans les urnes devenant stérile, j'en suis venu à développer des formules et méthodes d'analyse exclusives sur les données électorales.  Ces recherches engagées au milieu des années 2 000 ont attendu juillet 2024 pour franchir une première étape éditoriale. Mon travail éclaire la société française à l'aide de sources quantitatives d’une exhaustivité exceptionnelle : près de 70 000 bureaux de vote traités, cartes et graphiques variés… D'autres travaux sur la dernière présidentielle et sur toutes celles de la Ve République sont en cours de finalisation.

Cette première expérience éditoriale m'a révélé la nécessité de m'appuyer sur un minimum de communication, indépendante de ce que pourrait fournir un éditeur. Au même moment, la dissolution a bouleversé l'agenda électoral et mon quotidien : environ 10 mois de travail dédiés au cycle électoral 2024. Mes publications vidéos et articles équivalent largement à l'écriture d'un autre ouvrage...

J'ai dégoté un enregistreur vocal et produit mes premières vidéos en juin 2024 tant j'étais outré par la stupidité de la couverture médiatique de cette "séquence" électorale. Bouteilles à la mer... Depuis, je diversifie lentement mes supports et j'apprends à maîtriser des techniques de communication fortement éloignées de ma spécialisation, pour laquelle j'ai des compétences actuellement exclusives. Sans doute les chercheurs de sciences po sauraient-ils traiter les données comme je le fais, mais ils préfèrent la solution de facilité qui consiste à passer commande de sondages ; et la politologie de devenir sondageologie...

Plusieurs polémiques culturelles m'ont également happé : revendications mémorielles au nom de lectures très personnelles et biaisées de l'histoire, volonté de débaptiser la langue française ( je ne m'en suis pas encore remis )... Il m'est apparu nécessaire d'élargir le champ de mes publications à des sujets métapolitiques.

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