La romance pour entrer en campagne 2027 ?

La réforme du quinquennat nous place en situation de présidentielle quasi-permanente. L’audition parlementaire de J-L Mélenchon passait pour son entrée en campagne. E. Philippe est officiellement en campagne depuis sa réélection à la mairie du Havre. Voici J. Bardella qui fait la Une de Paris Match avec une dynaste. 2027 : la peste ou le choléra ?

JMORELmédia2027
8 min ⋅ 15/04/2026

En définissant les séparatismes, notre haute fonction publique a ( pour une fois ? ) su qualifier les menaces du début des années 2000 ; déjà dépassées ? Faut-il parler désormais de sédition ? Trahison ?...

A gauche, l’enracinement émeutier se consolide avec un J.-L. Mélenchon qui verse dans la surenchère permanente. En 2025, il est allé jusqu’à prôner de débaptiser la langue française. Sans doute est-il inédit dans l’histoire de l’humanité d’avoir un prétendant à la représentation nationale qui commence par effacer le nom de son peuple chaque fois que cela est possible : langue officielle, histoire nationale… Même Laval, qui par sa politique dissolvait la France dans l’Europe nouvelle hitlérienne, n’était pas allé aussi loin en formulant, durant l’Occupation, le souhait d’une victoire de l’Allemagne. Au moins la France gardait-elle sa langue et sa culture dont J.-L. Mélenchon la dépossède sans l’alibi d’un joug ennemi.

Au centre, les équilibres parlementaires du gouvernement Bayrou ont officialisé ce qui était dénoncé autrefois par les antisystèmes lepénistes sous le nom « d’UMPS ». Les concernés se qualifiaient plus volontiers de « partis de gouvernement ». Je l’ai démontré ailleurs1 : E. Macron, porté au pouvoir par une crise de régime, a ignoré son mandat historique et n’a pas relevé le défi institutionnel qui s’imposait. Loin d’avoir atténué cette crise, il l’a exacerbée. Conséquence : cet attelage parlementaire des fidèles et héritiers de F. Hollande, E. Macron et N. Sarkozy passe pour l’illustration ultime de la sécession de élites ; cela quelques années après les gilets jaunes, ou le record d’utilisation du 49.3 par E. Borne.

Voici la figure politique montante de J. Bardella, non compromise par l’exercice du pouvoir et souvent présentée comme favorite pour la prochaine présidentielle. Cela fait des années que je le rappelle aux dyscalculiques : son parti n’a jamais dépassé les 30 % du corps électoral lors d’une élection nationale. A ce titre, il ne peut porter son candidat à l’Elysée qui si ses adversaires sont des nullités absolues… Je ne prends guère de risque avec une telle affirmation. Voici qu’en cas d’inéligibilité de M. Le Pen, Paris Match fait sa Une sur un nouvel atout charme du jeune premier d’extrême droite : une cousine au XIIIe degré du prétendant légitimiste au trône de France, à savoir Louis XX.

Ces trois mouvances dominantes ici esquissées à grands traits ont pour principale caractéristique d’aborder la citoyenneté sous un angle identitaire : identitaires de la majorité introuvable à l’extrême droite ; identitaires de toutes les minorités possibles et imaginables à l’extrême gauche ; identitaires de la carte nationale d’identité à l’extrême centre, à savoir une procédure vidée de toute substance et de toute signification aux yeux de ses bénéficiaires. Outre ces bases qu’il est bon d’avoir présentes à l’esprit, les données électorales donnent à voir l’émergence, avec l’extrême droite, d’une autre légitimité républicaine : forte participation électorale, enracinement plus rural… Depuis quelques années s’opposent de plus en plus frontalement une République des médias et des administrations centrales d’une part, d’autre part une République de l’engagement électoral et plus généralement civique.

Nous allons ici mettre en perspective cette dernière entrée en campagne, et montrer les insuffisances de sa couverture médiatique. Bien entendu, Paris Match assure la propagande électorale de ses commanditaires ; c’est le concept de ce journal. Dès lors, il est dans son rôle quand il met en scène l’amour des tourtereaux. L’intérêt du pluralisme des médias, c’est d’offrir d’autres regards, autant par leurs engagements partisans que par leurs méthodologies.

Sur les réseaux, Public Sénat titre : « Jordan Bardella avec la princesse Maria Carolina. Est-ce que les Français vont acheter l’histoire du conte de fées ? ». Sans doute est-ce le summum de ce que les médias actuels peuvent nous proposer : une analyse de la communication d’un parti et de son candidat présumé à la présidentielle 2027. Acheter peut d’ailleurs aussi bien désigner les ventes du journal que la crédulité des Français face à un couple jeune et beau, dont les clichés renvoient une image flatteuse et sympathique. En cas d’incrédulité, quelle analyse ? Les communicants ont axé la riposte anti-lepéniste sur un candidat du peuple encanaillé avec une héritière… Un comble…

Quand on se frotte à la monarchie, surtout capétienne, on plonge dans l’Histoire et on effleure le mystique. Voici une dosette de liqueur politique dans toute cette eau de rose…

-          Stratégies matrimoniales et raison d’Etat :

Nous sommes ici en présence d’un roturier ambitieux, peut-être sincèrement épris de sa belle, peut-être anticipant un gain politique, peut-être les deux. Pourquoi choisir quand on peut joindre l’utile à l’agréable ? Aborder la liaison par le conjoint est peu porteur : sauf à déclarer sa flamme à Rima Hassan, à Mathilde Panot ou à Sandrine Rousseau, presque aucune liaison ne pourrait être politiquement préjudiciable à Jordan Bardella. Certes, son électorat le plus populaire, parfois venu du communisme, risque de s’étrangler en voyant un blason fleurdelisé entrer dans le logo du Rassemblement national. Sans doute le calcul politique vis-à-vis de cette frange de l’électorat consiste-t-il à miser sur son dégoût des autres, sur sa fidélité conservée par dépit. Inversement, la figure conservatrice de la promise pourrait séduire une partie de la droite effarouchée par l’héritage tribunitien du lepénisme.

Nous sommes surtout ici en présence d’une aristocrate de sang royal. Nous avons déjà eu des hobereaux à la tête de la République. Madame Chirac n’est-elle pas née Chaudron de Courcelles ? Plus directement aux prises avec les intérêts vitaux de la nation, Valéry Giscard d’Estaing et Charles de Gaulle ont inoculé un peu de noblesse dans la tradition quinto-républicaine. Cependant, l’éventualité d’une première dame dont le sang bleu est celui de Saint Louis revêt une autre dimension.

Peut-être la princesse « Bouh », comme se plaisent à la moquer de nombreux observateurs, est-elle une amoureuse naïve… A cet égard, la vidéo devenue virale de sa première télévision est plutôt un atout pour désamorcer la méfiance sans-culotte. Elle arrive à un âge où elle peut pleinement prendre la mesure de son rang et d’une règle centenaire dans son milieu : le mariage, ce n’est pas de l’amour, mais une affaire d’Etat. C’est l’une des principales contreparties des privilèges de sa caste. Si son cœur bat la chamade pour son compagnon, tant mieux pour elle et lui ; mais là encore, ce n’est pas le sujet d’une couverture de Paris Match ni d’une campagne présidentielle.

On pourrait enquêter sur leur rencontre, tenter de mesurer la part de hasard et d’orchestration. L’arrangement des mariages et la perpétuation de l’endogamie princière est plus souple et sophistiquée qu’au temps de Philippe IV le Bel. Le poids des réseaux monarchistes européens derrière une telle union reste cependant l’axe d’investigation prioritaire. Peu importe la part de hasard et de calcul dans cette union, l’enjeu majeur est l’opportunité que cela représente pour tout un milieu en reflux depuis la Révolution. Est-ce une nouvelle vague ? L’amorce d’une revanche historique ?

-          La République actuelle est-elle un bon parti ?

Pourquoi une princesse de sang royal pourrait-elle faire un mariage digne de son rang avec un présidentiable ? A ce stade, la liaison n’est pas bénie par… Qui d’ailleurs ? Le maire ? Le prêtre ? L’évêque ? Le cas échéant, que de questions de protocole en perspective !!

Déjà, en cas de défaite électorale, l’idylle resterait-elle de bon aloi ? Partons de l’hypothèse qui enthousiasme certainement le plus l’entourage de la princesse : devenir « première dame »… De la gueuse ? Il fut un temps où les monarchistes les premiers seraient montés au créneau pour dénoncer cette mésalliance. Pourquoi cela n’est-il plus le cas ? Parce que la République serait devenue respectable ? Ou parce que sa crise laisserait entrevoir une chute à moyen terme ?

Les deux options peuvent sembler opportunes. Si ce régime dure encore après une première révolution il y a plus de deux siècles, avoir l’une des siens au cœur du pouvoir est bon à prendre. Dans la perspective inverse, cela reste un atout : la princesse Maria-Carolina ferait une excellente ambassadrice de la monarchie dans un palais en quête de rénovation. Que ce soit l’abstention structurellement croissante, l’impuissance actuelle de l’Etat ou plus généralement la dégénérescence du débat public qui nourrit, ou empoisonne, le peuple souverain ; l’occasion paraît historique.

De l’extrême gauche à l’extrême droite, la République est sapée à sa base : la citoyenneté. Plus aucun défenseur de « l’Etat de droit » n’a de considération pour son socle. La Révolution avait voulu lui donner une assise de granit, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen au code civil en passant par les définitions constitutionnelles de la citoyenneté. De nos jours, le citoyen apparaît rarement dans les textes et, le cas échéant, il est indéterminé, presque toujours confondu avec l’administré. L’Etat républicain est bâti sur du sable.

Maintenant que l’innovation fondamentale de la Révolution a été progressivement vidée de sa substance par la République et ( presque ) achevée par les identitaires de tous bords qui n’ont cure d’un quelconque contrat social ; le berceau des révolutions européennes pourrait-il s’ouvrir à un Dauphin ? La plus prestigieuse des dynasties européennes d’antan pourrait célébrer ses noces avec les Césars.

-          Quand, et comment célébrer l’union ?

Un mariage en bonne et due forme apparaît compromis quelques mois après la révélation de la liaison : trop précipité, agenda de campagne incompatible… Surtout, le prétendant pourrait encore avoir des gages à donner pour intégrer le saint des saints du gotha. En revanche, en cas d’érection à la dignité présidentielle… Il faudrait se projeter sur cinq ans au minimum. A l’âge de fonder une famille, quelle cérémonie envisager sinon une immense parade monarchiste ? Difficile de refuser à l’épouse un mariage en grande pompe, et l’Etat lui-même souffrirait mal que son chef prête serment en catimini ; de quelque nature que soit le serment. Quant à vivre durablement dans le péché, pour l’une et l’autre version du conservatisme que les époux incarnent, cela semble improbable.

En cas d’élection et en l’absence de scandale ( répudiation, infidélité… ), voici poindre une cérémonie comme la France n’en a pas vu depuis 1804 ; sauf peut-être 1853. Napoléon III s’est alors marié selon les usages de l’Ancien régime : recherche d’une alliance matrimoniale avec une autre monarchie… Cela ne constituait pas une tentative, comparable à 1804, de “renouer la chaîne des temps”, comme le professait ultérieurement Guizot.

Il serait stupide de cauchemarder d’un retour à l’absolutisme monarchiste d’antan. Cependant, une nouvelle synthèse entre Révolution et Monarchie pourrait se profiler. Où la mettre en scène : Reims ? Notre Dame de Paris ? Saint Denis ? Rome ou Monaco ( villes de naissance et d’enfance de la mariée ) ?... Dès la première question pratique, le poids de l’histoire se révèle écrasant. Dans tous les cas de figure, une vitrine inouïe que la République offrirait à la monarchie. Et le cousin Louis XX d’être de la fête ? Comment l’écho des dernières paroles de son aïeul résonnerait-il ?

Toujours est-il que ce festival d’une France éternelle réunirait les ambitieux de l’Ancien et du Nouveau régime ; une sorte de gigantesque trombinoscope ouvert aux pouvoirs de nomination du président de la République.

Alors que cette relation est connue des proches depuis longtemps déjà, n’ont-ils pas mesuré le potentiel d’une telle idylle ? C’est là que l’observateur doit céder le pas à l’enquêteur plutôt qu’au communicant. Le second chercherait déjà un conte à dormir debout pour bercer le peuple souverain. Avec le premiers, les journalistes sont friands de ce que j’appelle microsociologie des élites. Pour ma part, j’étudie plus fréquemment un corps électoral de 50 millions de Français et mes méthodes ne sont pas les mêmes : structures profondes de la société plutôt que conjoncture des élites, lames de fond plutôt qu’écume... Que pourrait nous apprendre cette liaison sur les stratégies des réseaux monarchistes dans cette campagne 2027 ? Difficile d’envisager qu’ils n’en aient aucune…

-          Fait divers, matrimonial ou politique ?

Depuis plusieurs années, Paris polémique sur le classement de faits d’actualité entre faits divers et faits de société. Tout journaliste sait que la rubrique « fait divers » a été créée pour placer les informations jugées importantes à relayer, sans savoir précisément dans quelle catégorie la classer. Autrement dit, c’est le regard de l’analyste qui fait le classement de l’actualité. En cas d’incapacité à établir des liens, le fait est « divers ». Si des connexions pertinentes sont établies avec la politique, la culture, la science ou tout autre domaine du savoir et de l’actualité, alors une rubrique déterminée s’ouvre à l’événement.

Aborder la liaison de J. Bardella et de M. C. de Bourbon-Siciles sous l’angle de leur amour et de leur jeunesse, c’est du matrimonial façon people. Sous l’angle des gains politiques de groupes constitués, à savoir le parti de Monsieur ou les réseaux de Madame, ça devient politique. A ce stade s’offrent plutôt des hypothèses que des certitudes. Cet article tendait à pointer les enjeux possibles. A chacun de juger si cela met en perspective l’événement de manière utile, ou s’il vaut mieux s’abstenir de rédiger sur des conjectures.

Dans ce cas, l’événement en est-il un ?

Lorsque j’ai débuté mes recherches sur les présidentielles, mon directeur m’avait enjoint à déterminer à partir de la presse le moment d’entrée en campagne électorale. Cette couverture de Paris Match est assurément l’un des trois coups qui précèdent le lever de rideau. La comédie des candidats attendra sans doute la rentrée de septembre pour divertir ou catastropher les Français au quotidien, dans un crescendo qui a peu de chances de finir en apothéose. Parmi les éligibles qui les racoleront activement pour leur vote, combien auront-ils de la considération pour les citoyens qu’ils sont ? Les états-majors de campagne écriront-ils leurs programmes comme d’habitude, c’est-à-dire comme des listes de courses avec items adaptés à chaque cible électorale ? Sauront-ils hiérarchiser leur programme par un enjeu architectonique qui se décline dans tous les domaines d’action de l’Etat ( ex. : de Gaulle → Autorité de l’Etat → institutions et pratique plébiscitaire, Affaires étrangères et politique de grandeur, Economie et néo-colbertisme… ) ? La réinvention de la citoyenneté apparaîtra-t-elle comme cet enjeu existentiel que je discerne pour la République ? Sans cela, en votant pour eux, les citoyens risquent une fois encore de scier la branche sur laquelle ils sont assis…

A ce jour, compte tenu de toutes les occasions manquées depuis au moins 2017, et de manière plus critique depuis 2024, le choix électoral risque de se distribuer entre le candidat du citoyen créolisé de force, celui du citoyen de papier et celui d’un nouvel assujettissement. Face à une telle alternative, la sortie de crise de régime augure moins un renouveau qu’une perversion ( irrémédiable ? ) de la République fondée en 1958-1962.

J. Morel.

1 J. MOREL, Atlas des présidentielles de 1965 à 2017. Seconds tours et transfigurations du politique, janv. 2021 ; à paraître ?

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Par Jérémy Morel

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