Quand une République a vidé la citoyenneté de toute consistance juridique, le vote des citoyens engage moins l'adhésion au régime que des clivages sur le devenir de la Nation. Certes, un vote légitimiste subsiste, mais noyauté par une technocratie là où d'autres séparatismes traversent chaque mouvance. Le front républicain, un slogan creux ?
Ordinairement, l’étude des non exprimés débute la critique d’un scrutin. Manifestement, la dissolution a bousculé plus qu’un calendrier politique… Au lieu d’utiliser ces valeurs pour conduire l'expertise des données, allant de la bonne ou mauvaise révision des listes électorales jusqu’aux manipulations opérées durant le processus de collecte des voix… Nous allons ici cheminer des marges ( séparatistes ? ) au noyau présupposé « républicain » du vote.
Autant la seconde étape de l’étude était prévue de longue date, autant la nécessité de la première m’a été rappelée par la consultation du site qu’O. Durand consacre de longue date au vote blanc. Son fil d’actualité a d’ailleurs exhumé un commentaire du nouveau président du Conseil constitutionnel, R. Ferrand :
Extrait en libre accès : https://vote-blanc.org/
En revenant sur les non exprimés, dont les votes blancs et nuls, sommes-nous appelés à nous pencher sur d’éternels insatisfaits qui saperaient les fondements de notre « démocratie », de notre République ? Assurément, O. Durand ne le conçoit pas ainsi… Par nécessité, il étudie conjointement les votes blancs et nuls. Il considère en effet que ces deux démarches d’électeurs s’indifférencient dans le système politique actuel. La consultation de la presse régionale lors des scrutins lui donne raison : nombre d’électeurs, au lieu de déposer un « véridique » bulletin blanc, préfèrent poster des messages humoristiques, au mieux, et au pire injurieux.
Mon propos n’est pas de reprendre ici l’étude développée ailleurs1, mais aucun bulletin blanc n’est officiel dans la mesure où c’est l’électeur qui le fournit, hors de tout standard. Par la suite, tout le monde se perd dans la lecture et le décompte de ces suffrages disparates par le format et le support choisi, cela à toutes les étapes, du bureau de vote au Conseil constitutionnel. Quant aux bulletins nuls, ils regroupent désormais deux catégories : d’une part les votes invalides du fait de l’électeur, de manière intentionnelle ou non ; d’autre part les annulations de votes par les autorités compétentes, en raison de défaillances dans l’organisation locale du scrutin. Seul le décompte des abstentions serait a priori fiable, à cette réserve près qu’il suppose que les listes électorales soient bien contrôlées…
Ces quelques détails techniques indiquent en quoi il est nécessaire de décortiquer chacune de ces catégories pour authentifier les séries de données employées. Pour rappel, si des spécialistes des législatives souhaitent en entreprendre l’examen critique, je ne leur ferai pas concurrence ; c’est trop chronophage pour une consultation autant dépourvue d’intérêt scientifique, malgré ses enjeux politiques indubitables.
Le débat ouvert par O. Durand contre les positions de R. Ferrand engage la notion de déprise électorale à l’envers du « républicanisme » des votes. Le descriptif de participation que vous allez découvrir pour les législatives, et qui concorde avec les autres scrutins, incite à opposer les blancs et nuls aux abstentions structurelles. C’est parmi ces dernières que se trouveraient les éternels insatisfaits, même si l’observation en est faussée par des inscriptions indues sur listes électorales. En outre, il s’agit de territoires où les votants se tournent significativement peu vers les blancs et nuls, mais donnent à leurs bulletins des connotations a minima protestataires, a maxima séparatistes ( Cf cartes annexes, expérimentales : https://www.youtube.com/watch?v=3lYNTHQ4qsY ).
En résumé, les votes blancs et nuls constituent des rejets des candidatures proposées, et il arrive qu’ils baissent significativement en cas d’initiatives spécifiques, comme celles des régionalistes. Dans le cas des blancs et nuls, le problème démocratique fondamental apparaît moins dans l’expression populaire que dans l’inadéquation plus ou moins conjoncturelle de l’offre politique avec la demande citoyenne ; conjoncture sujette à caution car elle engage les modalités de sélection des élites sur la longue durée. En revanche, là où les électeurs se détournent résolument des urnes, c’est bien le système politique qui est profondément déprécié. La reconnaissance des votes blancs comme exprimés ne constituerait certainement pas plus une thérapie qu’une menace démocratique ; elle sort en cela de notre série dédiée au front républicain.
En revanche, deux autres arguments d’O. Durand m’ont interpelé et ont déterminé la production de cartes supplémentaires : « Dans certaines circonscriptions [les bulletins blancs et nuls] ont dépassé les 10 % (!) » ; « Dans 14 circonscriptions, le candidat RN l’a emporté. Si les électeurs ‘blancs ou nuls’ avaient choisi le candidat LFI, celui-ci l’aurait-il emporté ? LE PLUS IMPORTANT EST QUE CES ELECTEURS AIENT VOTE EN CONSCIENCE. Ils ne méritent pas d’être censurés ».
Extrait en libre accès : https://vote-blanc.org/
La première remarque a attiré mon attention sur la nature des pourcentages employés. Après vérification, il s’est avéré que l’auteur emploie l’ensemble des votants comme référence ; option marginale parmi les politologues, mais qui valorise au maximum les blancs et nuls en leur affectant des abstentions selon les règles de proportionnalité déjà formulées ( Cf https://blogs.mediapart.fr/edition/chroniques-electorales-france/article/291124/europeennes-2024-documents-principaux-video-1-enjeux-apparents ; https://blogs.mediapart.fr/edition/chroniques-electorales-france/article/291124/legislatives-2024-documents-principaux-video-1-presentation-de-la-dema ; https://blogs.mediapart.fr/edition/chroniques-electorales-france/article/291124/legislatives-2024-documents-principaux-video-3-gagner-partie-1-comment ). Bien entendu, les pourcentages d’inscrits sont les seuls outils d’observation raisonnables pour conduire scientifiquement le suivi de ces votes comme des autres. Cependant, on ne saurait en tenir grief à un militant bénévole quand autant de professionnels payés « un pognon de dingue » infestent les médias et la littérature scientifique d’erreurs analogues.
La seconde remarque est formulée dans une logique plus morale que technique, mais elle implique des enjeux fondamentaux. Au-delà des seuls blancs et nuls, comment les non exprimés interagissent-ils avec les autres votes ? De quelles dynamiques de réalignement politique procèdent-ils ? Réponse en cartes…
Participer au premier tour : surmonter les tentations séparatistes locales ?
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