Kessel

2017-2027 – De la sondageologie à la prospective électorale : moyens et enjeux d’une alternative dans la préfiguration des résultats.

Le Conseil constitutionnel a dénoncé l’omniprésence des sondages dans la campagne de 1974. Ses recommandations ont été suivies, mais le problème persiste. Les enquêtes dites « d’opinion » ne révèlent pas ce que les Français pensent, mais prédisent un tiercé. Si l’anticipation électorale changeait de méthode et de fonction : science-fiction ?

JMORELmédia2027
7 min ⋅ 19/07/2026

Prologue :

Chers lecteurs, cette newsletter pourrait-elle préfigurer l’issue des urnes ? Avec la série d’articles à venir, êtes-vous prêts à prendre de l’avance sur toutes les autres analyses des rapports de force électoraux ?!

Il nous faut nous préparer à être assaillis de sondages annonçant l’élu dans telle ou telle configuration électorale ; cela sans même connaître les éligibles effectifs. Est-ce que les données électorales permettent de mesurer les potentiels de chaque mouvance politique de manière plus fine dans les estimations, plus pertinente dans les principes, plus constructive pour le débat public ?

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pour les semaines à venir, je vous invite à suivre ma démarche destinée à établir des simulations de résultats optimaux auxquels peuvent prétendre les principaux candidats ( 5 mouvances identifiées ) pour 2027, cela à partir des données disponibles et d’hypothèses établies d’après mes recherches ; selon vous, c'est…

Merci ! Quelle que soit la réponse, la suite est faite pour vous !

L’étude des données électorales sert initialement la connaissance de la société française. Elle peut aussi s’appliquer à la mesure des électorats potentiels. Elaborer de tels modèles repose moins sur la volonté d’anticiper les résultats que sur la capacité à identifier les diverses sensibilités avérées d’un électorat : stable ou instable, enclin à se reporter d’un côté ou de l’autre, avec de forts particularismes régionaux ou non… Cela se prête à la mesure des voix, au classement et à la hiérarchisation des informations, à leur mise en perspective selon les comportements précédemment constatés…

Bien entendu, inaugurer une telle démarche consiste à rivaliser avec les instituts de sondages par des méthodes presque diamétralement opposées : extrapolation à partir d’échantillons représentatifs d’une part, modélisations d’après la totalité du corpus électoral d’autre part ; pour les uns, communication sur une parole révélée des Français, pour les autres, choix assumé d’hypothèses de travail à expliciter… En définitive, les instituts de sondage livrent à leurs clients des synthèses nationales qui s’appuient sur des méthodes en pointe des connaissances jusqu’aux années 1990. Elles sont depuis dépassées par l’amélioration de la qualité des données électorales consécutive à leur numérisation systématique à toutes les échelles. Entre erreurs grossières confinant à la manipulation d’opinion publique et succès occasionnels, la prolifération de ces pronostics sondagiers est propice à faire l’événement. Ses bienfaits pour le bon déroulement de l’élection restent au moins aussi problématiques qu’en 1974. Toutes les imprécisons sont permises à ces grandes entreprises qui facturent leurs études à prix d’or, entre conditions d’observation totalement virtuelles et restitutions en pourcentages d’exprimés.

La disponibilité de données massives a permis une expérimentation d’entre deux tours en 2022. Les résultats en sont livrés ci-après. En inversant méthodes et perspectives, il devient loisible de produire cartes et statistiques autorisant l’examen critique des réussites et approximations locales en pourcentages d’inscrits ; cela à toutes les échelles. Ainsi, au lieu de déplacer la responsabilité des maladresses sur les témoignages des sondés, ou sur le moment choisi pour simuler un vote le dimanche suivant qui n’aura lieu que des mois plus tard… L’auteur de la projection se doit d’être transparent sur ses choix, et il peut répondre totalement des écarts finalement constatés.

* Lire : d’après mes hypothèses de travail, les 15,82 % d’inscrits représentés par J.-L. Mélenchon au premier tour se seraient répartis au second tour comme suit : 42,5 % d’entre eux vers les non exprimés, 37,8 % vers E. Macron, 19,7 % vers M. Le Pen. D’après mon étude des données antérieures ( ici, 2017 ), j’ai considéré que cet électorat se divisait à parts inégales sur la nature du barrage républicain prioritaire, entre le président sortant et son opposante.

Pour information, j’ai retravaillé sur les reports a posteriori, comme le font les sondeurs ( parfois sur commande de chercheurs de sciences politiques… ). Chacun livre ses déductions selon ses méthodes : données officielles pour ma part, échantillons représentatifs pour leur part. Mes conclusions temporaires sont traitées dans ma chronique électorale ( p. 193 ), mais l’intérêt du tableau suivant est de montrer la différence de présentation entre les communications des sondeurs ( parcellaires ) et la mienne ( complète ). En tout, ces professionnels de l’analyse de l’opinion publique parviennent à peine à reconstituer 65 % du corps électoral, sans garantie de conformité au réel supérieure à mes calculs.

Si l’on fait la différence entre mes hypothèses de projection électorale et cette rétrospective des reports, on constate que la confrontation aux sources m’a incité à diminuer les reports mélenchonistes vers M. Le Pen, tout en maximisant ceux d’E. Zemmour vers cette dernière. Or, plus les scores de premier tour sont élevés, plus ils sont contraignants aux échelles fines dans la reconstitution des totaux de second tour ; plus les estimations des transferts sont donc fiables. Ces calculs se sont limités à l’échelle départementale. Ils gagneraient encore en robustesse en cas d’étude poussée aux échelles inférieures : communes, bureaux de vote… Quoi qu’il en soit, les valeurs des sondeurs apparaissent contredites par les informations vérifiées pour ce qui touche au quasi dixième d’électeurs lepénistes qui se désavouerait d’un tour à l’autre ( mythe tenace uniquement confirmé pour 0,06 % de l’électorat lepéniste ; pp. 189 à 192 ), mais aussi pour les reports droitiers susmentionnés des soutiens de J.-L. Mélenchon et d’E. Zemmour.

Autre parenthèse : compte tenu de l’intérêt des chiffres produit, je m’étais réservé la possibilité d’en attester la conformité par un mail ayant expédié l’article complet à la date du 22 avril 2022.

Parenthèses fermées.

Le tableau suivant se divise en trois parties. D’abord, les résultats de la dernière enquête conduite par Ipsos et Sopra Steria. Elle a été diffusée deux jours avant le second tour de scrutin en pourcentages d’exprimés, convertis par mes soins en pourcentages d’inscrits. Ensuite, le résultat de mes calculs. Il serait trop long d’en détailler toutes les hypothèses, mais le tableau de synthèse ci-dessus donne un aperçu des variables prises en considération. En outre, les résultats détaillés par départements sont communiqués en annexes. Les erreurs sont nombreuses selon les scénarios régionaux adoptés, et offrent à ce titre de nombreuses pistes de progression. Enfin, les résultats définitifs du second tour de l’élection 2022, en pourcentage d’exprimés et d’inscrits.

Il s’agit d’une capture d’écran des pp. 2 et 3 de mon article du 22 avril 2022 ( deux jours avec le second tour de scrutin ) : « L’entre-deux tours des présidentielles 2022 : l’alternative entre extrapolation sondagière et projection électorale. Des méthodologies aux puissants impacts sociétaux. ». La pagination a été aménagée par souci de lisibilité ; le paragraphe de conclusion est légèrement reformulé. Les valeurs sont authentiques.

A la suite du tableau, le paragraphe de conclusion revient sur deux méthodes, celle du « doigt mouillé » et celle du « petit doigt ». La première expression est couramment employée B. Teinturier pour signifier qu’en l’absence de sondage, toute estimation serait hasardeuse. Or, mon doigt mouillé ne plonge pas dans mes intuitions, mais dans la totalité du corps électoral. C’est pourquoi j’ai tourné en dérision cette formulation en parlant du « petit doigt » des sondeurs. Au départ, il s’agit de souligner qu’ils se cachent derrière leur petit doigt en affirmant qu’ils réalisent une photographie de l’opinion à l’instant t, et que celle-ci traduirait des forces électorales réelles alors que toutes les conditions d’enquête sont fictives. Comme rien ne permet de confronter leurs mesures ( hormis les données exhaustives ? D’où l’expérience ici conduite… ), la déresponsabilisation est totale en cas de sondage aberrant. Cette expression du « petit doigt » peut aussi désigner ce que les « échantillons représentatifs » glisseraient à l’oreille des sondeurs.

Toujours est-il que, aussi bien en pourcentage d’exprimés ( facile ) qu’en pourcentages d’inscrits ( difficile ), ma préfiguration du second tour est sensiblement plus exacte que celle des instituts de sondage.

Alors que je prévoyais le score de M. Le Pen de manière très précise, avec moins d’un pourcent d’inscrits de différence avec son résultat effectif, mon scénario a dopé les non exprimés de plus de 4 points. Tout cela se répercute sur l’anticipation du vote macroniste, minimisé d’un peu moins de 4 points. C’est la conséquence d’une surévaluation de l’usure du pouvoir après les épisodes calamiteux des gilets jaunes et de la crise covid.

La carte ci-après récapitule les principales erreurs dans mes scénarios régionaux ; qui ont donc principalement consisté à amplifier les non exprimés et à déprécier les reports macronistes. Elle synthétise, par leur moyenne cubique, les trois types d’écart observés entre projection électorale et résultats effectifs : non exprimés, scores d’E. Macron et de M. Le Pen. Le détail des sous et surestimations de chaque inconnue ( au moment de la réalisation ) est disponible en annexe.

...

JMORELmédia2027

Par Jérémy Morel

Initié à la recherche en histoire, les candidatures "atypiques" aux présidentielles m'ont révélé une société civile foisonnante, diversement couverte par la presse. Dès lors, ces élections me sont apparues comme une entrée privilégiée dans l'histoire récente de la France. Analyser les représentations sans les confronter aux réalités avérées dans les urnes devenant stérile, j'en suis venu à développer des formules et méthodes d'analyse exclusives sur les données électorales.  Ces recherches engagées au milieu des années 2 000 ont attendu juillet 2024 pour franchir une première étape éditoriale. Mon travail éclaire la société française à l'aide de sources quantitatives d’une exhaustivité exceptionnelle : près de 70 000 bureaux de vote traités, cartes et graphiques variés… D'autres travaux sur la dernière présidentielle et sur toutes celles de la Ve République sont en cours de finalisation.

Cette première expérience éditoriale m'a révélé la nécessité de m'appuyer sur un minimum de communication, indépendante de ce que pourrait fournir un éditeur. Au même moment, la dissolution a bouleversé l'agenda électoral et mon quotidien : environ 10 mois de travail dédiés au cycle électoral 2024. Mes publications vidéos et articles équivalent largement à l'écriture d'un autre ouvrage...

J'ai dégoté un enregistreur vocal et produit mes premières vidéos en juin 2024 tant j'étais outré par la stupidité de la couverture médiatique de cette "séquence" électorale. Bouteilles à la mer... Depuis, je diversifie lentement mes supports et j'apprends à maîtriser des techniques de communication fortement éloignées de ma spécialisation, pour laquelle j'ai des compétences actuellement exclusives. Sans doute les chercheurs de sciences po sauraient-ils traiter les données comme je le fais, mais ils préfèrent la solution de facilité qui consiste à passer commande de sondages ; et la politologie de devenir sondageologie...

Plusieurs polémiques culturelles m'ont également happé : revendications mémorielles au nom de lectures très personnelles et biaisées de l'histoire, volonté de débaptiser la langue française ( je ne m'en suis pas encore remis )... Il m'est apparu nécessaire d'élargir le champ de mes publications à des sujets métapolitiques.

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