Cet article clôt une série qui traite de deux réserves de voix attractives pour les candidats : d’une part les abstentions gaullistes d’après F. Fillon, d’autre part les abstentions structurelles au cœur des attentions et de la communication de J.-L. Mélenchon. Peut-être que le principal facteur qui les nivelle, c’est l’égale ignorance qu’en ont les corps intermédiaires : journalistes, chercheurs, statisticiens… Si vous souhaitez avoir une longueur d’avance dans la compréhension de ce qui se joue au niveau des masses électorales, même si cette chronique est passablement technique, mieux vaut la lire avec attention !!
A l’aide de cartes sur les premiers tours de 2017 et 2022, nous avons soutenu que, selon toute vraisemblance, l’abstention structurelle serait prépondérante. En toute logique, cela peut s’observer aussi entre les deux tours de 2022. Or, pour cet entre deux tours, une étude de l’INSEE permet de chiffrer à 2,6 millions les abstentionnistes de premier tour qui auraient voté au second ( pour plus de renseignements, voir p. 224 et suivantes ; calculs élaborés d’après les valeurs fournies par K. Bloch, « Elections présidentielle et législatives de 2022 : seul un tiers des électeurs a voté à tous les tours », INSEE Première, n°1928, nov. 2022. Ces valeurs semblent légèrement incohérentes avec celles communiquées sous une autre forme et sur un champ d’étude exclusivement métropolitain dans E. Algava, K. Bloch, « Vingt ans de participation électorale, les écarts selon l’âge et le diplôme continuent de se creuser », INSEE Première, n°1929, 17 nov. 2022. )
Là encore, cette estimation paraît excessive. Les cartes suivantes en permettent une première approche, au regard de la série précédemment décrite et analysée.
Ces documents confirment les observations précédentes sur la prégnance considérable de l’abstention structurelle ; et réciproquement sur la profondeur de l’enracinement des votes systématiques, surtout dans l’Ouest. Cela implique donc que les candidats obtiennent déjà leur optimum, ou presque, dans cette moitié de la France. Réciproquement, les électorats en déshérence sont nombreux dans l’Est, où la manière d’aborder la politique est très différente ; notion de querelle des anciens et des modernes, évoquée en page 190, traitée dans mon essai sur les seconds tours et transfigurations du politique qui n’a pas trouvé d’éditeur à ce jour…
En revanche, l’observation des deux tours d’un scrutin permet d’affiner la distinction entre abstentions structurelle et conjoncturelle en isolant des dynamiques civiques inverses de désertion ou d’incorporation institutionnelle.
Évaluer les abstentions structurelles d’après quelques points d’observation privilégiés :
Une approche mi-statistique, mi-territoriale a été engagée pour évaluer la fiabilité du modèle proposé par l’INSEE. Cela consiste d’abord à isoler les comportements métropolitains de référence par opposition aux départements et territoires d’abstentions structurelles. Il en ressort un contraste net. D’une part, la majorité métropolitaine se révèle relativement participative, mais elle est tellement prépondérante que son abstention s’avère décisive. D’autre part, une forte minorité d’abstentions structurelles infléchit de manière disproportionnée le total national d’abstention. A ce niveau d’analyse, la continuité est forte d’un tour à l’autre ; chaque ensemble a dès lors été fragmenté à des échelles toujours plus fines afin de déceler d’éventuelles inflexions d’entre deux tours.
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