2017-2027 : Et si on interrogeait le devenir des votes fillonistes à l’aide de sondages… ? Second écueil : les reconstitutions des exprimés.

Avec les abstentions, nous avons vu que les instituts de sondage adoptaient des paramètres aberrants pour retracer les reports de voix. Même s’il y a peu à attendre des chiffres proposés, ceux-ci aident à la compréhension de la notion de « vote utile ». Comment définir ce dernier et circonscrire ses emplois de 2017 à 2022, en vue de 2027 ?

JMORELmédia2027
9 min ⋅ 23/08/2026

La définition communément admise des « votes utiles » constitue un point de départ efficace, quitte à la redécouvrir au fil de la réflexion. Elle consiste à admettre que des millions d'électeurs votent lors des scrutins décisifs pour le candidat le mieux placé pour l'emporter, plutôt que pour celui qui a leur préférence. A cet égard, les sondeurs peuvent demander aux membres de leur échantillon si leur candidat a, ou non, des chances d’être élu selon eux. Dans une approche quantitative, seuls sont retenus par nécessité les grands candidats consacrés par les urnes, quelles qu’aient pu être les surprises du classement.

Bien entendu, chacun est juge de l'utilité ou de l'inutilité d'une telle démarche ainsi qualifiée. De la même manière, j'ai publié toute une série d'article sur une autre notion discutable : le front républicain. Ma démarche consiste à partir du terme tel qu'il est compris dans les médias de masse, de manière à le reconsidérer à travers les comportements électoraux. A terme, la définition est révisée. Sans avoir le temps ni l’opportunité de conduire ici une étude aussi poussée du « vote utile », il faut avoir présent à l’esprit que ce serait en soi tout aussi intéressant...

Voter utile : enjeux.

Ci-après, le tableau récapitulatif du sondage employé et de ses incohérences estimées d’après ses valeurs ; cet article fait suite aux précédents et entre plus dans le détail des moyens mis en œuvre pour les détecter. Nous allons ici employer des outils très techniques pour aborder la question des votes dits « utiles ». Cette réflexion prolonge directement ma chronique sur 2022, où les votes utiles sont évoqués une première fois en page 274 et suivantes, puis dans les pages 238 à 278, avant la conclusion générale. J’en dressais ainsi le bilan :

« Si les votes utiles perdus par l’un [des grands candidats] se déportent sur un petit ou minuscule candidat, si ce phénomène est massif et récurrent, alors les stratégies de vote utile seraient particulièrement fluctuantes et déstabilisatrices pour le système politique. Ce point reste à prouver, mais les données traitées ci-dessus orientent plutôt la réflexion dans ce sens. L’endoctrinement militant, un remède efficace à la déliquescence partisane et institutionnelle ?

La tectonique des plaques des années 2017-2022 n’a pas abouti à une déflagration majeure. L’émiettement de l’électorat gaulliste n’a rien changé à la décision finale, le duel de 2017 s’est réitéré. Ce bouleversement du paysage politique est-il un avertissement, ou une coquetterie cosmétique ? Si les mouvements de fond sont aussi puissants que les quelques indices collectés ici le suggèrent, alors le séisme majeur reste à venir. L’analyse des transferts de voix de 2017 à 2022 appelle un travail ambitieux, sans doute à pousser jusqu’au bureau de vote pour certains paramètres d’analyse, ce qui nécessite de résoudre des problèmes techniques particulièrement chronophages, sinon insolubles. Les résultats ne sauraient être récapitulés ni anticipés au terme de cet aperçu superficiel des forces à l’œuvre en 2022. »

Voir le précédent article pour une présentation complète de cette enquête signée F. DABI et J. FOURQUET : « Présidentielle 2022 – Sondage jour du vote : Profil des électeurs et clés du scrutin (1er tour ) », pour l’IFOP et FIDUCIAL, en date du 10 avril 2022. Réalisée à Paris, elle se déploie dans 92 pages, dont quelques-unes nous concernent dès à présent : pages 4, 26, 28 pour les reports 2017-2022, déjà traité. La présente chronique fait écho aux pages 62, 64, 66, 68 qui interrogent les votes « utiles » des Français.

Mentions légales : l’enquête s’appuie sur « un échantillon de 3 784 personnes inscrites sur les listes électorales » ; lequel échantillon est extrait d’une compilation légèrement supérieure. Il se veut représentatif du corps électoral selon la méthode des quotas par sexe, âge, profession, lieu de résidence ( région et catégorie d’agglomération ). Les témoignages sont recueillis par « questionnaire auto-administré en ligne le 10 avril de 11 heures à 18 heures » ( p. 3 ). TF1, LCI, Paris Match et Sud Radio ont été les commanditaires.

Noter que cette première publication a été revue et corrigée dans une version moins précise qui en a ici interdit l’exploitation. C’est plus précisément la disparition du tableau ci-après qui a décidé de la version retenue. En rouge sont pointées les valeurs indispensables, celles relatives aux abstentionnistes de 2017 ayant déjà été abordées. A titre indicatif, figure ensuite l’inventaire des réponses initiales des sondés ( « Données en composition » ), lequel est rarement disponible.

Les choix effectués pour mes calculs sont contingentés par plusieurs contraintes techniques.

Pour 2022, seuls les principaux électorats sont pris en compte. Les autres, entités politiques infinitésimales, sont sans doute écartés faute de visibilité nette. Ainsi, les 82 % de votants de 2017 qui auraient voté en 2022, contre 18 % qui se seraient abstenus, fournissent des ordres de grandeur applicables aux petits candidats. La participation devant inclure les suffrages exprimés ainsi que les blancs et nuls, autrement dit l’ensemble des votants, ces valeurs ont été répercutées sur les entrées correspondantes. Cela peut néanmoins introduire des erreurs, pour peu qu’il se soit agi de moyennes incluant les grands candidats. Aucune définition ni précision sur les modalités de calcul ne sont fournies dans la publication.

Pour transposer les résultats de sondages, redressés, sur les données électorales avérées, quelques manipulations se sont révélées indispensables.

D’abord, il a fallu convertir en pourcentages d’inscrits tous les transferts de voix évoqués par les sondeurs. Le calcul en est assez simple. Il s’agit de répercuter le partage initialement exposé entre vote et abstention ( ici assimilée au total de non exprimés par l’imprécision des tableaux de données ), puis appliquer au reliquat les pourcentages d’exprimés. Sans même revenir sur l’enjeu scientifique de raisonner en pourcentages d’inscrits plutôt que d’exprimés, il est évident que les seconds ne permettent techniquement pas de suivre les suffrages d’une élection à l’autre.

Ensuite, les nombres d’inscrits ont été lissés sur l’indice 100 en 2022. Autrement dit, les futurs citoyens sont mécaniquement reportés en 2017 sur l’abstention, puis en 2022 selon les valeurs standards de participation. Cela impacte chaque électorat de référence pour 2017, recalculé en fonction de ces électeurs en devenir. Il ne faut donc pas s’étonner des discordances entre les résultats ci-après et les résultats officiels. Quant aux modélisations des votes de 2022 par motivations politiques, ces données sont lacunaires faute de précisions sur les plus petits électorats. Comme nous le verrons, le peu qui en est exploitable se révèle utile pour définir les votes utiles et se faire une première idée des intervalles qui les rassemblent.

Enfin, il a fallu estimer les marges d’erreurs d’après les instituts de sondage d’une part, d’après les résultats de leurs données d’autre part. Toute critique de la crédibilité des valeurs est ajournée à l’étude approfondie des évolutions des électorats de 2017 à 2022, lesquelles engagent plus que des masses humaines : des identités politiques. Comme toujours, les instituts de sondage annoncent des intervalles d’incertitude en introduction ( ici p. 4 ), qui ne sont pas représentés ensuite par souci de clarté. Appliqués aux données électorales, l’incidence de ces marges est minime ; mais certainement sous-évaluée.

Voter utile de 2017 à 202 : qui ? Combien de voix ?

Cela aboutit à ce premier tableau des valeurs sondagières ( sur fond gris, l’application directe des pourcentages indiqués ; sur fond blanc, prise en compte des marges d’erreur ) :

Synthèse en % d’inscrits lissés sur l’année 2022 ( des seules valeurs directes, par souci de clarté ; ce tableau existe aussi avec les intervalles d’erreur à la hausse et à la baisse ) :

Une fois ces données recueillies et ainsi mises en forme, je peux les soumettre à mon programme de « sudoku électoral » dont voici les résultats :

...

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Par Jérémy Morel

Initié à la recherche en histoire, les candidatures "atypiques" aux présidentielles m'ont révélé une société civile foisonnante, diversement couverte par la presse. Dès lors, ces élections me sont apparues comme une entrée privilégiée dans l'histoire récente de la France. Analyser les représentations sans les confronter aux réalités avérées dans les urnes devenant stérile, j'en suis venu à développer des formules et méthodes d'analyse exclusives sur les données électorales.  Ces recherches engagées au milieu des années 2 000 ont attendu juillet 2024 pour franchir une première étape éditoriale. Mon travail éclaire la société française à l'aide de sources quantitatives d’une exhaustivité exceptionnelle : près de 70 000 bureaux de vote traités, cartes et graphiques variés… D'autres travaux sur la dernière présidentielle et sur toutes celles de la Ve République sont en cours de finalisation.

Cette première expérience éditoriale m'a révélé la nécessité de m'appuyer sur un minimum de communication, indépendante de ce que pourrait fournir un éditeur. Au même moment, la dissolution a bouleversé l'agenda électoral et mon quotidien : environ 10 mois de travail dédiés au cycle électoral 2024. Mes publications vidéos et articles équivalent largement à l'écriture d'un autre ouvrage...

J'ai dégoté un enregistreur vocal et produit mes premières vidéos en juin 2024 tant j'étais outré par la stupidité de la couverture médiatique de cette "séquence" électorale. Bouteilles à la mer... Depuis, je diversifie lentement mes supports et j'apprends à maîtriser des techniques de communication fortement éloignées de ma spécialisation, pour laquelle j'ai des compétences actuellement exclusives. Sans doute les chercheurs de sciences po sauraient-ils traiter les données comme je le fais, mais ils préfèrent la solution de facilité qui consiste à passer commande de sondages ; et la politologie de devenir sondageologie...

Plusieurs polémiques culturelles m'ont également happé : revendications mémorielles au nom de lectures très personnelles et biaisées de l'histoire, volonté de débaptiser la langue française ( je ne m'en suis pas encore remis )... Il m'est apparu nécessaire d'élargir le champ de mes publications à des sujets métapolitiques.

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