Pour les lecteurs connaissant mal leurs départements, voici une carte de repérage issue de ma chronique électorale 2022 :
Ma chronique électorale sur 2022 aborde le plébiscite, comme la majorité de mes travaux ainsi que la carte précédemment traitée. Sans surprise, là où un candidat est fortement plébiscité, toute vision politique est déformée à son avantage ; ainsi bénéficie-t-il des reports les plus improbables ( voir ma chronique électorale sur 2022 ). Néanmoins, toutes les identités politiques ne sont pas aussi fortes que ces proto-cultes de la personnalité en régime libéral. Même si mon quotidien consiste à les observer dans les reports de voix, le débat actuel impose d’en rappeler un autre enjeu : l’exercice effectif du pouvoir.
Programme ou incarnation : l’Alpha et l’Oméga du politique ?
Beaucoup d’observateurs actuels ramènent tout aux programmes des candidats. Il ne s’agit pas de nier l’importance de ces feuilles de route gouvernementales, mais de comprendre comment on passe de la déclaration d’intentions à l’exercice du pouvoir, puis à son bilan. L’exemple mitterrandien présente l’intérêt du recul historique et de l’ambition programmatique, combinés avec une image tenace de « socio-traître ». Dès 1994, dans La politique en France, J. Charlot établissait que « Les 110 propositions de François Mitterrand, lors de la présidentielle de 1981, avaient été réalisées à 90 % dès la première année de pouvoir socialiste, en 1981-1982 [suit l’inventaire…] » ( p. 46 ). Un programme peut être appliqué, et paraître ne pas l’être ; pourquoi ?
L’auteur donne des pistes, notamment sur les 10 % mal appliqués, qu’il s’agisse d’adaptations aux contrepouvoirs, au contexte, aux effets indésirables et mal anticipés du programme concrétisé… On peut approfondir le sujet avec l’auteur ( 14 pages ) ou avec H. Portelli ( trentaine de pages de son histoire de La Ve République, 2ème édition mise à jour en 1994, pp. 309-339 )… De manière plus schématique, voici ce que nous pouvons en retenir.
Certes, le programme est un contrat qui permet un contrôle a posteriori. C’est un document nécessaire d’une campagne. Il fixe le cap politique des premiers mois d’exercice du pouvoir, quand les conditions paraissent optimales pour le mettre en œuvre. Il donne en outre des moyens pour gérer les aléas, dont les plus probables engagent la responsabilité gouvernementale de prévoir. Une fois cela dit, le quotidien de l’exercice de l’Etat, c’est la gestion de crise. Quels que soient les moyens mis à disposition de l’Etat, leur usage est infléchi par l’identité politique des détenteurs du pouvoir. Ainsi en était-il de C. de Gaulle. Il incarnait le principe d’autorité de l’Etat, décliné dans toutes ses politiques publiques. Sa ligne politique apparaît claire en toute circonstance ( surtout avec le recul ). En revanche, le détail des mesures à venir n’a jamais été sérieusement établi par l’homme qui mettait sa personne au service de la Nation ; aussi bien en 1958 qu’en 1965 d’ailleurs. C’est la différence entre un président, de surcroît plébiscité, et un super-Premier ministre, parfois subi plus que choisi.
Pour en revenir à F. Mitterrand, une seule mesure de rigueur, à savoir la désindexation des salaires sur les prix, a plongé des centaines de milliers de Français dans le surendettement et suffisait à le flétrir de social-trahison. Le désindustrialisation concomitante a encore accentué ce sentiment, mais ce n’est pas le cœur du propos : il faut intégrer qu’une décision non anticipée dans le programme peut changer la signification de toute l’action présidentielle. Or, s’agissant du PS de la fin des années 1970, au détour d’un ouvrage sur les Stratégies de la rue, O. Fillieule ( 1997 ) précisait que le PS avait choisi de déborder le PC par sa gauche sur les questions culturelles, faute d’envisager un programme socio-économique aussi extrême. Autrement dit, cette identité du PS préfigurait les arbitrages des années 1980-1990, malgré d’inévitables inflexions conjoncturelles : tentatives de renouvellement tantôt par la laïcité, tantôt par l’écologie…
En résumé, les mesures du programme constituent l’habillage de feuilles et bourgeons ( susceptibles de donner ou non des fruits ), mais le lien avec l'électorat forme les racines ; peut-être le tronc et les ramifications sont-ils constitués de l'administration et des corps intermédiaires... Quel que soit le sens du vent, ce sont les propriétés du bois brut qui indiquent dans quelle direction penche et tombe l’arbre ; mais aussi s’il est souple ou inflexible, sain ou vermoulu… Autrement dit, l’idéologie au pouvoir se détermine autant par son message ( les discours… ), ses promesses ( le programme ), que par son incarnation : l’élu, dont le lien avec la Nation a une dimension personnelle irréductible. Avec les cartes qui viennent, nous allons donc creuser l’enracinement des présidentiables : les cultures politiques régionales.
Des électeurs et des identités territoriales : vers une géopolitique électorale.
Après avoir traité de l’élection et du non-plébiscite macroniste dans la chronique 2022 ; brossé à grands traits les zones de force de M. Le Pen et de J-L. Mélenchon, nous utiliserons quelques outils originaux d’observation des presque 50 millions d’électeurs français. Les premiers sont basés sur le même principe que précédemment : concilier classement et rapports de domination selon une formule mesurant les plébiscite ( vidéo d’explication à paraître… ). Tous permettent de comprendre le dernier, une sorte de synthèse qui ouvre des études très amusantes de la France vue de chaque entité.
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